Tantale



Il y a des siècles, le roi Tantale régnait sur la Lydie, pays qui fait partie aujourd'hui de la Turquie. Nul n'était plus riche que lui. La montagne du Sipyle lui donnait de l'or, ses champs s'étendaient à perte de vue et les épis de blé qui y poussaient étaient deux fois plus lourds que n'importe où ailleurs. Sur les flancs verdoyants des collines, les bouviers gardaient d'énormes troupeaux. Les dieux eux-mêmes couvraient Tantale de leurs faveurs. Ils lui permirent de participer à leurs festins à l'Olympe et d'écouter leurs discours.

Pourtant Tantale n'était qu'un mortel. Comme pour les autres humains, le fil de sa vie avait été filé par la Moire Clotho. Il était dévidé par la seconde Moire, Lachésis, et la troisième, Atropos, allait le couper. Mais Tantale ne pensait pas à la mort.

"J'assiste aux banquets des dieux," se disait-il, "et il n'y a aucune différence entre eux et moi. Ils emplissent ma coupe avec le nectar divin, je partage avec eux l'ambroisie sacrée et je sais de quoi ils parlent. Personne ne peut penser que je ne suis pas un des leurs, moi aussi. "

" Mais tu ne sais pas tout, " lui répondait sa conscience.

"C'est vrai," admettait le roi, "mais les dieux eux-mêmes sont-ils omniscients ? je vais les mettre à l'épreuve. "

Un jour, un audacieux vola dans le temple de Zeus, en Crète, un précieux chien en or. Sachant que Tantale ne craignait pas les dieux, il le lui apporta pour qu'il le dissimulât. Peu après, un prêtre visiblement indigné se présenta aux portes du palais.

"O roi," lui dit-il, "l'usage ne veut pas que les gouvernants s'associent avec les voleurs. Rends au temple ce qui ne t'appartient pas."

"je ne sais pas de quoi tu parles, " lui fut-il répondu.

"Tu peux cacher un objet volé," poursuivit le saint homme dont les yeux flamboyaient, "mais tu ne pourras te dérober à la colère divine. "

" Si j'ai fait quelque chose de mal, " sourit le coupable, " l'Olympe qui sait tout, l'aurait déjà appris et m'aurait puni. "

Le roi aura donc qu'il n'avait pas la statuette en or et le prêtre, désappointé, repartit.

Tantale était sûr que les dieux faisaient semblant d'être omniscients mais qu'ils ne l'étaient pas plus que les mortels.

En fait, chacun des actes de Tantale était connu au ciel, mais une chance était laissée au roi félon de choisir la vérité plutôt que le mensonge, l'honnêteté plutôt que le vol et la justice plutôt que le mal.

Aussi l'arrogance de Tantale ne fit que croître.

Le nectar et l'ambroisie ne lui suffirent plus : il se mit à dérober à la table des dieux du breuvage divin et de la nourriture pour les rapporter sur terre. Ses forfaits étaient de constantes injures aux lois célestes et humaines. Un jour, il imagina un crime terrible.

Ayant assassiné son fils Pélops, il convia les dieux à un banquet où il leur offrit de se nourrir de la dépouille de son fils. La déesse des cultures, Déméter, perdue dans ses pensées, mangea un morceau de la viande présentée, mais les autres dieux, saisis d'horreur, se levèrent précipitamment de table.

Tantale s'effraya, il comprit alors la puissance des dieux et se prosterna devant eux en implorant leur pardon. Mais la mesure était comble. Zeus, divinité suprême, envoya sans hésitation le traître dans les ténèbres du monde inférieur, dans le Tartare. Pour le punir de toutes ses mauvaises actions, il fut condamné à la souffrance perpétuelle.

Depuis ce jour au royaume des morts, Tantale doit se baigner dans une eau limpide et fraîche, tourmenté par une soif cruelle. Chaque fois qu'il se penche pour tremper ses lèvres sèches et gercées, l'eau s'échappe de ses mains et il ne retient que le sable.

Des fruits savoureux poussent à sa portée, mais Tantale ne peut apaiser sa faim dès qu'il touche une poire, une figue ou une pomme, le vent se lève soudain et l'objet de sa convoitise s'envole. Au-dessus de sa tête se tient en équilibre un énorme rocher qui menace de tomber à tout moment. Une angoisse mortelle étreint sans cesse sa gorge.

C'est ainsi que le roi félon subit parmi les ombres une triple torture.

Quant aux restes du fils de Tantale, Pélops, ils furent rassemblés par les dieux dans une marmite. Clotho retira du chaudron le jeune homme plus beau que jamais et lui rendit la vie. Seul manquait un petit morceau de son omoplate, mangé par la distraite Déméter.

Les dieux le remplacèrent par un morceau d'ivoire et depuis lors tous les descendants de Pélops ont une tache blanche sur l'épaule.


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